On s’habitue à tout, même à la « Selle Proust » ! – (1)


Selle Henri GAUTIER – Modèle 1935

« La Gazette » va consacrer deux chroniques… et peut être un débat, à cet attribut cycliste, de tout temps objet de grandes attentions et aux qualités tant convoitées pour le meilleur confort de ses utilisateurs.

JY.LP

Nous avons été nombreux à faire de l’entraineur d’intérieur (Home-trainer) durant le confinement. Je faisais partie de ceux là.

A l’occasion de ces exercices les appuis sur la selle sont continus et plus importants que sur la route, si bien que chaque séance, se soldait par un engourdissement, voire une congestion de mon entrejambe, au point de devenir franchement déplaisant.

C’est alors que je me suis souvenu avoir testé, il y a maintenant 19 ans, une « SELLE PROUST ». Celle-ci a l’avantage de ne pas avoir de bec. Je l’avais à l’époque laissée tomber au bout de deux ou trois sorties, car j’avais la très désagréable impression de manquer d’appui, en particulier en montant les bosses assis. Faut-il rappeler que cette selle, outre l’absence de bec dispose d’un dispositif de rotation qui s’active à chaque appui soutenu sur l’une et l’autre pédale. J’ai donc monté cette vieille selle et j’ai poursuivi mes séances d’intérieur. L’effet a été immédiat, le confort nettement amélioré et plus de congestion de l’entrejambe.

La phase deux du déconfinement venue, je décidais donc de prolonger l’expérience sur la route.

Rouler seul, durant ces longues semaines, m’a permis de porter une grande attention aux sensations. Il est vrai que la «Selle Proust» a un impact non négligeable sur la façon de pédaler. Aussi, il m’a semblé intéressant de partager cette expérience, qui même si elle est toute personnelle, peut concerner de nombreux cyclos. Lequel d’entre nous n’a pas été confronté à un moment ou à un autre, à un problème de selle.

C’est donc avec un recul de trois mois, une quarantaine de séances ou sorties, dont deux sorties, selle bloquée et environ 1 500 km, que je vais dans cette première chronique vous dire mon ressenti sur cette expérience. Nous consacrerons une seconde chronique à l’évaluation de son impact sur le pédalage.

Les sensations et les constats

Rouler sur une «Selle Proust», c’est prendre conscience que l’appui sur une selle traditionnelle se fait en trois points : les deux ischions et le périnée. Avec une «Selle Proust» l’appui ne se fait plus que sur les deux ischions, le périnée et l’urètre, pour ce qui concerne les hommes, se trouvent libérés.

Conséquence positive, je ressens une véritable et très agréable sensation de liberté et le sentiment de pédaler avec beaucoup de souplesse, en particulier à petite et moyenne vitesse.

Prendre le guidon par le bas, se fait avec facilité et surtout, je peux tenir cette position de recherche de vitesse beaucoup plus longtemps. De réels points positifs donc !

La contrepartie de ce meilleur confort, c’est un appui plus prononcé sur les deux ischions et surtout un report du poids du corps sur les bras et les mains solidaires du guidon. Ce déport de l’appui ne m’a pas trop gêné. Trois mois de sorties régulières ont habitué mon organisme et la faible musculature de mes bras à la modification de ma position.

La nature m’ayant doté d’un ischion plus développé que l’autre, j’ai pu aussi constater que la rotation de la selle semble compenser une partie de cette différence de niveau d’appui. L’inclinaison du tube selle provoque en effet une inclinaison latérale de la selle lors de sa rotation.

La selle dont je dispose ne comporte pas de dispositif de recul, si bien que ma position sur le vélo s’est trouvée légèrement avancée. L’adaptation s’est faite là aussi, sans douleurs et sans difficulté et mes mains semblent même mieux positionnées sur le guidon. J’ai ainsi pu faire des sorties de 3H 30 dans un meilleur confort du début jusqu’à la fin. 

En matière de stabilité, les sensations sont plus mitigées. La libre rotation de la selle est assez perturbante au début, surtout à toute petite vitesse, ou le temps de verrouiller les cales pieds par exemple. Elle donne l’impression de flottement et d’instabilité. Il faut donc s’habituer à la chose et acquérir de nouveaux gestes, voire de nouveaux réflexes.

Le petit coup de hanches, pour éviter un caillou ou un nid de poule peut manquer d’efficacité, car ce peut être un coup dans le vide et il pourra surprendre au départ. La compensation de ce manque de liaison avec le cadre pourra se faire en inclinant celui-ci plutôt avec les bras et le guidon. De nouveaux réflexes à acquérir, donc.

Lâcher les deux mains du guidon ne m’a pas posé de problème, il m’a suffit de bien serrer les fesses et d’être attentif à la réaction du vélo. Rouler d’une main, se fait comme sur une selle traditionnelle.

La principale découverte que j’ai faite, concerne la rotation de la selle. Pour m’être très souvent retrouvé dans la roue du concepteur de cette selle, j’ai longtemps pensé que la rotation alternative de la selle était due à la cinématique(1) du pédalage. Erreur ! Il n’en est rien, si on pédale sans trop forcer sur une «Selle Proust», on peut constater que la selle reste fixe. Elle ne se met en mouvement seulement et seulement si l’effort pour descendre la pédale se fait plus intense. L’amplitude de la rotation de la selle est même à partir d’un certain niveau d’effort, proportionnelle à celui exercé sur la pédale.

A force d’attention et d’observations, j’ai constaté que c’est un muscle, se trouvant à l’arrière de  la cuisse qui lors de sa contraction provoque le mouvement de la selle. Cela a été une découverte pour moi, ou plutôt une prise de conscience. La cinématique et la cinétique(2) non contraintes du pédalage ne s’accompagnent pas d’une rotation du bassin, ou alors de façon très marginale.

On touche là un point crucial, car presque 20 ans après un premier essai, je retrouve les mêmes sensations et la même impression, celle d’une perte d’appui et donc d’une perte d’efficacité musculaire et mécanique dans la phase descendante du pédalage. Je ressens cela essentiellement dans les accélérations et les bosses ou faux plats qui nécessitent un fort appui sur les pédales. Là le ressenti est franchement contrariant, l’appui se dérobe au moment où on a besoin de lui. Ce ressenti persiste malgré trois mois d’efforts d’adaptation.

Toujours dans le domaine du ressenti, il faut évoquer un dernier point, c’est lui de la mise en danseuse. Il semble que les «Selles Proust» retardent le besoin de se mettre en danseuse. J’ai aussi ressenti cela, il reste à expliquer ce phénomène.

L’amélioration du confort et les bienfaits de la «Selle Proust» pour tout ce qui touche aux pathologies du périnée et du siège dues à l’appui prolongé sur la selle ne sont plus à démontrer. L’apport en la matière est certain et a pu être démontré.

En revanche l’impact de la «Selle Proust» sur les performances et l’efficience du pédalage est plus difficile à évaluer. De très nombreuses études et expériences ont été menées sur la cinématique et la cinétique du pédalage, mais très peu ont été réalisées avec la «Selle Proust». 

Alors, qu’en est-il de la réalité ? La «Selle Proust» est-elle plus performante que les selles traditionnelles, c’est la question que je me pose au regard de mon expérience et de mes ressentis et c’est ce que je développerai dans la chronique de la semaine prochaine.

A suivre….


  1. Cinématique : La cinématique décrit et analyse l’effet du mouvement des corps sans que soit considérée leur origine.
  2. Cinétique : Etudie les mouvements sous l’influence de forces. Elle prend donc en compte l’origine du mouvement.
Coureur équipé d’une Selle Proust – Photo : Daniel Proust

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