Un beau vélo est-il un bon vélo ?

« La Gazette » avec ANGELL sur le port de Vannes – Photo : ©JY.LP

ANGELL sera peut-être une part de nos futurs vélos de route !

« La Gazette »

Serge DASSAULT, célèbre avionneur français a un jour déclaré, «Un bel avion, est un avion qui vole bien». Par analogie, je m’interroge aujourd’hui de savoir si, «Un beau vélo est un vélo qui roule bien». Cette maxime est-elle applicable à «ANGELL», le vélo urbain intelligent, présent depuis quelques mois sur le marché européen du cycle ?

Dans ma chronique du 20 avril 2020, alors qu’ANGELL n’était pas encore produit, je concluais que, «je trouvais ce vélo tout simplement beau !…». Alors est-il pour autant un bon vélo ? Il fallait pour cela que je puisse le tester. Grâce à un jeune ambassadeur «Angell.bike», j’ai pu le tester aux abords du port de Vannes.

Rendez-vous fut pris par internet, l’ambassadeur Grégoire m’attendait près de la capitainerie, accompagné d’un ANGELL noir. Oui, je l’ai encore trouvé beau, pas tout à fait aussi beau que sur les photos, mais il en est ainsi des stars médiatisées et marketées, souvent plus belles en photo qu’en réalité.

ANGELL : Dessiné par Ora ÏTO – Designer

Premières impressions confirmées : la sobriété, la simplicité à la fois de son design et de ses composants. Le cadre, construit en France est en aluminium collé et la fourche en carbone. Tiens ! Je l’avais oublié, il n’y a pas de dérailleur et un seul développement, un 42×16. Les freins sont à disques et à commandes hydrauliques, le guidon me rappelle celui de ma «Vespa 125 – Piaggio» de mes vingt ans. La batterie a une forme originale, on pourrait la prendre pour un porte bagages, somme toute bien vulnérable à certaines incivilités urbaines.

L’ambassadeur tente d’attirer mon attention sur les multiples fonctions numériques, mais je n’accroche pas vraiment, car je suis impatient d’enfourcher ANGELL et de voir s’il roule bien. Par chance, j’ai la même longueur d’entrejambe que l’ambassadeur, la selle est juste pile-poil à ma hauteur. Premiers coups de pédales sur les quais et déjà une très agréable impression d’aisance de l’assistance se dégage. Je me sens immédiatement bien posé sur le vélo avec une position plutôt sportive pour un vélo de ville. Je repère les boutons de commande de niveaux d’assistance, ceux des clignotants et d’entrée, à froid j’entame la montée de la rue Jean Jaurès. Bien que plutôt lourd (en ce moment), je la monte avec une facilité et une souplesse déconcertantes. Je ressens quelques variations dans l’assistance mais avec une sensation de grande fluidité. J’apprendrais par la suite que l’assistance est gérée par un algorithme spécifique prenant en compte, le niveau d’assistance choisi, il y en a quatre, l’inclinaison de la route, la force du pédalage et la vitesse, tant et si bien que je n’ai pas ressenti le besoin  de changer de braquet aussi bien au démarrage, que dans la montée ou par la suite sur le plat et dans la descente. En fait, la modulation automatique de l’assistance a remplacé le traditionnel dérailleur. J’ai découvert, ce qui ressemble à une boite automatique qui fait encore partie de mes rêves. Le moteur a une puissance de seulement 250 watts, mais cela semble suffisant, la batterie est de 36 volts à 4 ampères.

Malgré l’absence de suspension, nouvelle bonne surprise, le confort est très bon. Outre la position, il est le résultat de bons pneus de 700x35C et d’une selle confortable de type route légèrement rembourrée. Surprenant, mais réellement confortable, au moins sur une courte durée et même sur les pavés du quai Bernard Moitessier. Autre élément le moteur, situé dans le moyeux arrière on ne l’entend pratiquement pas  et contribue à renforcer ce sentiment de confort et de fluidité. Les freins sont des «TEKTRO NDR 310, particulièrement efficaces, ils sécurisent le pilotage en particulier dans la circulation en ville.

Le guidon avec écran tactile intégré.

De retour à la capitainerie, je n’ai qu’une envie, c’est de continuer à rouler, mais je ne veux pas abuser de la disponibilité de l’ambassadeur Grégoire. Satisfait de constater que ce beau vélo roule bien, je peux maintenant être plus réceptif à la présentation des fonctionnalités numériques. Le guidon monobloc intégre un écran tactile de 2,4 pouces. Les paramètrages principaux et ils sont nombreux, se font sur smartphone à l’aide d’une application et d’une liaison bluetooth . Je ne les présenterai pas en détail. J’ai pu tester incidemment l’alarme en cas de vol. Le déverrouillage du vélo  est numérique, les clignotants, le feu de frein, les éclairages avant et arrière sont intégrés au guidon et au cadre. Le vélo dispose également d’un GPS, de vibreurs directionnels intégrés aux poignées pour guider lors d’un parcours programmé, d’un système d’alerte automatique en cas de chute, d’un dépistage GSM pour tracer le vélo en cas de vol, d’une sonnette électronique et de quelques autres fonctions encore. Comme sur les automobiles actuelles, la maintenance numérique et les mises à jour logicielles se font automatiquement par liaisons internet. Il m’aurait fallu encore plus de temps pour tester plus à fond ce vélo encore jeune puisqu’il n’est confronté aux réalités de la route que depuis le mois d’août 2020.

J’ai pu cependant noter quelques points qui pourraient être améliorés. Je ne parlerai pas de la béquille et de son mode de fixation qui à mon avis n’est pas à la hauteur d’un haut de gamme. Le feu de frein, c’est un peu mon dada, de ce que j’ai pu voir, il semble fonctionner grâce à un accéléromètre. C’est un minimum, l’idéal serait un feu de frein puissant qui s’activerait dès que l’on touche une des poignées, comme sur les voitures ou les motos. Il est important d’anticiper au mieux les ralentissements.

En matière d’accessoires, on peut s’interroger sur l’efficacité des garde-boue. Ils sont certes esthétiques mais protégeront-ils suffisamment en cas de fortes pluies ou de routes détrempées, même si cela n’arrive que très rarement en Bretagne.

Enfin les cylosportifs sont bien placés pour savoir qu’un vélo exige un entretien régulier. Je n’ai pas eu de réponse précises sur ce point. Les promoteurs souhaitent internaliser le SAV, c’est à dire en avoir le monopole. Il faut pour cela avoir un réseau suffisamment dense et large. La Bretagne ne semble pas ou peu couverte aujourd’hui par le réseau de SAV connecté. Par quelques clics sur un smartphone il pourrait rapidement intervenir pour un diagnostic ou une réparation à domicile ou au bureau.

Marc SIMONCINI, le créateur  de ce vélo, haut de gamme onéreux, est manifestement très inspiré par Steve JOBS le créateur d’Apple et Elon MUSK celui de Tesla. Réussira t-il aussi bien que ses modèles ?  Difficile à dire. Le projet est très ambitieux, le pari est bien engagé, le marché est porteur en ce moment mais la concurrence est aussi très forte. Comme les beaux avions, un beau et bon vélo n’est pas en soi la garantie de bonnes ventes.

Jean Yves LE PERSON


Mes amis cyclosportifs pourraient s’interroger sur l’intérêt de consacrer du temps aux vélos de ville que nous sommes très peu à enfourcher.

Au delà du phénomène de société qui se dessine en France, il me semble interessant d’analyser ces innovations susceptibles un jour de trouver une place sur nos traditionnels vélos de route. Il en a été ainsi par exemple du frein à disque à commande hydraulique.

Aussi, j’imagine très bien d’ici peu sur nos vélos des guidons monoblocs intégrant un écran tactile doté des nombreuses fonctionnalités présentes sur ce qui apparaitra comme un archaïque compteur de type Garmin. J’imagine assez bien des feux de freins performants intégrés au cadre ou à la tige de selle. J’imagine assez bien des algorithmes gérant automatiquement le dérailleur. L’algorithme ANGELL gère aujourd’hui la puissance développée par le moteur en fonction de 4 paramètres, il pourrait tout aussi bien gérer un dérailleur électrique, avec autant voire plus de paramètres.

Vivement demain !

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